Ente Locker : un scanner de documents au cœur d’un litige open source
🦆 Sauvegarder ses papiers sensibles sans engraisser les GAFAM ? Ente Locker ajoute un scanner chiffré, mais l'absence d'attribution au projet libre FairScan et le mutisme de l'équipe font grincer des dents. Le point sur ce litige open source 👇
️ Mise à jour du 5 octobre 2026 : précisions documentées sur le litige FairScan
À la suite de nos échanges avec Pierre-Yves Nicolas, créateur de l’application libre FairScan, plusieurs éléments factuels rectifient la chronologie : Ente n’a jamais reconnu formellement d’emprunt de code, qualifiant les algorithmes similaires de « méthodes standard » avant d’opérer une réécriture de plus de 6 000 lignes. Aucune attribution à FairScan ne figure à ce jour dans le dépôt GitHub d’Ente, et le courriel adressé par le développeur au service de propriété intellectuelle de l’entreprise est resté sans réponse depuis deux semaines. Notre texte reflète ces constatations techniques.
Arrêter d’exposer ses pièces d’identité et ses baux locatifs aux algorithmes publicitaires en les confiant à un coffre-fort chiffré : c’est la promesse affichée par l’annonce officielle d’Ente Locker à l’occasion du déploiement de sa fonction de numérisation papier et de la finalisation de son portail web. Distribuée sous licence AGPL-3.0 et accessible sur le dépôt officiel d’Ente, l’application promettait une alternative éthique aux géants du web. Cette avancée technique se retrouve toutefois obscurcie par un litige d’attribution de code soulevé par le concepteur de l’application libre FairScan.
📖 Le coffre-fort libre face aux géants du cloud
Pensé pour transmettre en toute sécurité ses informations vitales à des personnes de confiance en cas d’accident de la vie, le service s’est rapidement imposé comme une référence de confidentialité. Retrouvez notre présentation lors de son lancement initial : Locker, l’application gratuite à installer ce week-end : elle fait ce que les GAFAM vous font payer (et vos proches vous remercieront).
Un traitement d’image exécuté localement sur le smartphone
Numériser un feuillet administratif sans envoyer l’image brute vers un serveur distant exige une chaîne d’ingénierie rigoureuse. L’application s’appuie sur le modèle de segmentation issu du projet ouvert FairScan pour isoler les bordures du document en temps réel directement via l’accélérateur matériel du smartphone, sous Android comme sous iOS.
Le dispositif technique automatise l’ensemble de la procédure de capture :
- Détection automatique des marges : l’objectif repère la géométrie de la feuille et déclenche la capture dès que la stabilisation est atteinte.
- Nettoyage logiciel immédiat : correction des ombres portées, redressement des perspectives et compilation de plusieurs pages en un document PDF unique.
- Chiffrement côté client : les données sont scellées à l’aide des clés privées de l’utilisateur avant le moindre transfert vers les infrastructures de stockage.
- Portail web accessible hors bêta : consultation et déverrouillage des collections directement depuis un navigateur de bureau via la plateforme locker.ente.com.
Attribution du code : FairScan dénonce un emprunt silencieux et le mutisme d’Ente
Derrière l’élégance du discours open source, les conditions réelles d’intégration ont provoqué de vives tensions techniques. Alors qu’Ente affirmait dans sa communication initiale avoir développé l’intégralité du traitement d’image « from scratch » en ne retenant que le modèle d’apprentissage, le développeur indépendant de FairScan, Pierre-Yves Nicolas, a rendu publique une comparaison détaillée de code sur GitHub. Ses analyses révèlent des correspondances structurelles directes entre ses implémentations en Kotlin et les fichiers Rust intégrés dans la version 1.0.9 d’Ente Locker, touchant à la détection des quadrilatères, à la colorimétrie et au post-traitement de contraste.
Face à ces preuves techniques, l’éditeur n’a reconnu aucun emprunt indu, qualifiant ces pans logiciels de simples « méthodes standard de traitement d’image » avant de gommer discrètement la formulation « from scratch » de son carnet de bord et de pousser une refonte de plus de 6 000 lignes de code. Cette réécriture n’efface pourtant ni l’historique distribué aux utilisateurs dans la mouture 1.0.9, ni l’absence totale de mention de FairScan dans les sources actuelles du projet. Deux semaines après un signalement formel transmis à l’adresse officielle de gestion des droits d’auteur d’Ente, la jeune pousse s’enferme dans le silence, illustrant les dérives d’une industrie qui s’approprie le travail des bénévoles du logiciel libre sans leur accorder la paternité intellectuelle élémentaire qui leur est due.
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