Non, le Mont-Blanc n’a pas grandi
un rien d'esprit scientifique nous ferait du bien
on, le Mont-Blanc n’a pas grandi. Son altitude a augmenté. Sous prétexte de simplifier, nous alimentons de fausses représentations chez les plus jeunes. Ce que j’entends depuis hier ne donne lieu à aucun questionnement scientifique. Si ce n’était que sur ce sujet…
On en aurait parlé en classe
Si je devais faire classe ce matin comme au bon vieux temps, je crois qu’on en aurait parlé. Il y a tellement de questions et d’émerveillements possibles.
Qu’est-ce qu’une altitude ? Comment la mesure-t-on ? Pourquoi varie-t-elle ?
Mais que mesure-t-on vraiment ? La calotte de neige ou la hauteur de la roche ?
Les mômes sont intelligents et savent pointer du doigt nombre de problèmes. Ils savent chercher, comparer.
Sans entrer dans les détails vite complexes, ils peuvent comprendre qu’il existe des mouvements horizontaux et verticaux dont les causes ne sont pas uniques. 1,8 mm par an, parfois 2 ou un peu plus, de ce que j’ai trouvé pour la région du Mont-Blanc. Et là, on parle de ce qui est « sous la neige ».
Ce qui semble immobile au regard bouge.
Si l’on veut des métaphores, dire que la montagne grandit comme le ferait une plante est une bêtise.
Évoquer la fonte des grands glaciers et ce qui se passe au niveau du relief en la comparant à un matelas qui reprend sa forme après avoir retiré un poids, est une image qui peut être perçue. Il faut la pondérer en introduisant le temps long. Il faut évoquer les interactions entre des causes diverses. On ne parlera peut-être pas de rebond isostatique aux plus petits. Mais les mouvements des plaques pourraient être évoqués avec les plus grands.
Le tout est que nous introduisions le moins possible d’idées fausses, surtout avec ce qui ne s’observe pas d’emblée à l’œil nu ou dès lors que des causes multiples interviennent.
Les réponses des adultes aux questions
Souvent, dans la vie, dans la rue, j’écoute les réponses embarrassées des parents aux questions des enfants.
Elles témoignent de notre inculture, de ces impasses faites sur nombre de sujets. Les parents ne savent pas répondre souvent à des questions simples. Certains se défaussent « tu demanderas à la maîtresse », d’autres s’embarquent dans des explications hasardeuses.
Je n’identifie pas d’émission scientifique grand public à la télévision qui réunirait les familles autour de ces grands sujets. Le savoir reste vu comme des bouts mémorisés que l’on restitue dans des jeux télévisés. La connaissance n’est pas là.
Rien n’est plus merveilleux pour moi que l’enfant de quatre ans qui veut savoir « pourquoi ? »
Il faut passer du « pourquoi » au « comment », c’est le travail de l’école, des éducateurs.
Comment se fait-il que l’altitude de notre cher Mont-Blanc change ?
Et accepter la complexité, l’incertitude, montrer l’intérêt de la mesure et comment elle peut « s’objectiver ». Qu’est-ce que nous avons pu mesurer et comparer en classe !
Dans un monde dominé par les affects et nombre de préjugés, tous les passeurs de savoir, journalistes compris, devraient veiller à ce qu’ils disent.
Je crois qu’il ne s’agit pas seulement d’un rôle « scientifique » mais politique au sens noble du terme.
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