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Sous les revendications, l’espoir

la jeunesse a besoin de considération

VincentBreton.fr
Oct 7, 20264 min read

oudraient-ils seulement des chaises, des bâtiments corrects et des profs ? L’inventaire parfois moqué ne devrait pas masquer ce que la jeunesse aimerait : de la considération.

Le mépris et la condescendance

L’extrême droite n’a que le mépris à la bouche pour cette jeunesse dont elle pressent qu’elle pourrait rapidement devenir son principal opposant. Le Parti de l’Ordre prône le bâton et le retour docile à l’école. On est habitués.

Le gouvernement patauge et peine à reconnaître ses fautes.

Le reste de la classe politique, gauche comprise, n’est pas exempte de condescendance. J’ai lu pas mal de propos renvoyant la jeunesse au statut d’enfant. Attitudes paternalistes et maternalistes réapparaissent vite. Un journaliste qui se dit de gauche et s’exprime beaucoup sur Mastodon, parlait de « gamins » ne percevant pas ce que le propos peut avoir d’insultant pour une jeunesse qui a le courage de se lever et de protester là où des adultes ont renoncé.

Des imbéciles au faible niveau

Combien de fois ai-je lu des propos qui finalement décrivent la jeunesse comme une bande de crétins incultes, rivés à leurs écrans et dont les évaluations PISA attesteraient de la faiblesse du niveau.

Nous n’avions pas beaucoup d’écrans quand j’étais jeune et je ne suis pas certain que notre horizon était réellement plus large.

Certaines compétences scolaires étaient peut-être mieux réussies tandis que nous étions ignares sur d’autres champs. Difficile et d’ailleurs sans intérêt réel de prétendre comparer deux mondes qui n’ont pas grand-chose à voir.

Nous savons que nous pouvons remonter loin arrière et nous trouverons toujours les mêmes constats discréditant la jeunesse et son niveau supposé.

Ce qui est plus important c’est que nous ne savons pas vraiment dire avec précision ce dont une personne a besoin aujourd’hui non pas seulement pour occuper un emploi, s’adapter aux évolutions du monde, mais pour prendre sa place comme citoyenne ou citoyen éclairé·e capable de choix et d’engagement.

Les réflexes identitaires ou communautaristes laissent rarement la place à la question de la possibilité de s’émanciper de son destin et des déterminismes.

Alors, sans jeunisme, ni démagogie, je crois qu’il est encourageant de voir des jeunes se bouger, capables de dire que la coupe est pleine et de faire preuve de solidarité.

Cela impose respect, écoute et réparation.

Réparer

Car cette jeunesse n’a pas seulement pris de plein fouet les réformes calamiteuses du gouvernement portées par le ministre Blanquer et son adjoint Geffray aujourd’hui aux manettes, elle a subi le COVID puis la canicule dans ses conséquences concrètes sur fond d’inquiétudes liées à la crise climatique et à la guerre qui semble s’approcher de nous.

Des jeunes (un sur dix ?) pensent au suicide quand ils ne passent pas à l’acte, éprouvent des difficultés à communiquer sereinement, subissent l’esprit de compétition.

À l’impéritie gouvernementale, a répondu l’incapacité de la gauche à se réformer tandis que les réactionnaires voudraient imposer leur logique.

Les adultes, tous autant que nous sommes, n’avons pas joué notre rôle, par individualisme, par peur, agissant en consommateurs avant d’agir comme citoyens.

Ce n’est pas tout à fait la même ambiance, mais je retrouve quelque chose de cette oppression de la fin des années soixante quand on pressentait déjà que les « villes modernes » de Pompidou n’allaient pas nous apporter le bonheur et que nous parlions naïvement de retour à la terre. Même petit garçon je ressentais ça.

Les adultes d’aujourd’hui n’ont pas fait leur boulot. Ils doivent réparer pour la jeunesse et d’une certaine façon pour eux-mêmes.

Réveiller l’imagination

La démocratie, ce n’est pas une demi-journée de discussion dans un lycée puis retourner sagement à ses chères études.

C’est partager le pouvoir à chaque fois que possible et considérer toute personne comme digne de respect. C’est ne pas avoir des attentes inconsidérées en fonction de son âge, c’est ne jamais l’empêcher d’apprendre, de réfléchir, d’agir.

Car la question aujourd’hui est d’aller chercher ce qui empêche et d’en faire une affaire individuelle, citoyenne et une affaire d’État.

Au fond, la jeunesse nous repositionne du côté des valeurs, des priorités, de l’intelligence justement.

Lui envoyer la police pour la nasser, la refouler, briser son expression, c’est un aveu terrible de bêtise et de lâcheté, c’est la pousser du côté de la violence et ça ne peut pas être acceptable.

Pas plus que de penser à sa place en croyant savoir ce qui est bon pour elle. D’ailleurs, dire la jeunesse ou les jeunes, c’est probablement réducteur. Il faut lui faire confiance, l’aimer en acceptant qu’elle ne nous ressemble pas et décide de faire autrement.

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