Renforcer la confiance en soi pour affronter les temps
Avoir confiance en soi pour apprendre et choisir par soi-même
l ne s’agit pas de se persuader d’avoir seul·e raison sur tout. Il importe de veiller à ne pas se laisser faire ni par des machines, ni par des influenceurs, ni par des militants. Apprendre, chercher, prendre appui sur son expérience et son intuition, se demander si ce que l’on fait est un choix conscient, de libre arbitre, ou si on ne s’est pas laissé·e entraîner ou abuser. Par les temps qui courent, il va falloir renforcer la confiance en soi.
Ne pas se fier aux conseils !
Les conseils ne seront jamais qu’une vision des choses. Pas forcément inutiles, mais ils ne doivent pas se substituer à notre pensée propre. Bon en disant ça, je semble en donner un de conseil !
— Si j’étais toi…
Justement personne n’est vous.
Le meilleur conseil ne dispense pas de l’expérience.
Ce que je veux dire ici, je le formule pour moi-même à l’aune de ma propre expérience. Comme une sorte de garde fou, car on peut se laisser piéger aisément à l’insu de son plein gré.
Toute connaissance ne se réinvente pas, ne se vérifie pas. Il y a des choses que j’admets mais que je pourrais aller vérifier en remontant le parcours scientifique ou en réitérant une expérience. Une expérience n’est pas une démonstration. Une expérience permet d’obtenir en la reproduisant dans des conditions identiques un résultat identique à ce qui est attendu. Tout le travail consiste à isoler les paramètres, c’est vite complexe.
Quand mes professeurs m’enseignaient, la plupart du temps, j’avais besoin d’aller « vérifier » leur parole dans un manuel, une encyclopédie y compris pour fixer leur oral grâce à l’écrit. Quand j’enseignais, il arrivait que des élèves contestent une connaissance, une donnée. Je ne leur en voulais pas. Au contraire. Parfois, ils répétaient une parole parentale plus ou moins vraie, parfois ils étaient eux-mêmes experts. Alors, nous revisitions ensemble la connaissance en recoupant et vérifiant des informations. Le savoir avait pu bouger, j’avais pu mal noter un élément. Ce qui comptait c’était aussi la question des ordres de grandeur, ou un renversement de ce que l’on savait au fil des époques…
Celui qui conseille ne sait pas, il se souvient ou tente de transposer sa propre expérience. Je préfère l’accompagnateur au conseiller.
J’ai souvent pointé ici la question de l’intelligence artificielle en soulignant pourquoi il ne fallait pas lui demander conseil et en expliquant qu’elle n’était pas là pour ça.
Le risque irrationnel
C’est un lieu commun. La société de communication a permis l’émergence d’influenceurs sans éthique, avides de pouvoir, capables de renverser les mots, les valeurs tout en imposant une vision binaire.
Si je résiste facilement aux discours d’un autocrate, le numérique offre la possibilité de trouver des réponses et de penser à notre place. Il y a l’ automatisation probabiliste avec les simulateurs conversationnels, mais tout aussi bien les innombrables vidéos YouTube, les ouvrages de développement personnel et même les livres de cuisine : dans la plupart des cas, même si c’est bon, vous ne refaites jamais réellement la recette du livre, vous réinterprétez grâce à votre expérimentation et même vous réajustez.
Mais combien de fois nous enferrons-nous piégé·es par ce qu’on nous a dit ?
On se met à croire l’expert alors que l’expérience nous démontre le contraire, du coup on s’impute une erreur qui n’est pas la notre. Ça marche mal ou pas. Pire encore, on se met à douter de nos capacités alors qu’en fait, par nous-mêmes, nous savions, ou avions l’intuition capable de nous placer avec sérendipité sur le bon chemin.
Si la démarche empirique fait prendre parfois des détours et peut appeler dans un deuxième temps la nécessité d’une méthode efficace, nous transformer en exécutants d’une consigne ne nous permet pas de comprendre ce que nous faisons.
Mille champs d’applications
C’est valable pour régler la hauteur de la selle du vélo, cuire les haricots, savoir pour qui voter ou vérifier le fonctionnement de ce site.
Chercher, s’informer … oui. Mais se plier à un mode d’emploi c’est prendre le risque de d’un fonctionnement par étapes, à courte vue et du manque d’autonomie.
Combien de personnes vois-je utiliser un GPS pour un trajet connu et se trouvant à suivre la voix de leur voiture alors que par elles-mêmes elles voient très bien le chemin à accomplir ?
S’interroger
Ces temps derniers, après avoir lu ou écouté des conseils, des avis… peu importe le sujet, je me prends souvent à me demander :
— Mais au fond ? Qu’est-ce que j’en pense moi ? Est-ce que ça me parait bien ? Ne serait-il pas mieux d’essayer à ma façon, de voir si ça me convient quitte à ajuster le cas échéant à l’aune d’autres apports ?
Je peux apprendre en regardant une personne faire. Mieux souvent qu’en écoutant les explications qu’elle me donnera. Mais il faudra toujours que j’essaie à mon tour quitte à poser de nouveau des questions.
Quand j’étais petit et que je ne savais pas lire, j’ai compris en écoutant ma mère me lire des histoires, qu’il y avait un lien entre ce qu’elle disait et ces dessins bizarres sur la page. J’ai commencé par le « c’est quoi ça ? » puis à tester, vérifier, comparer, essayer. J’ai appris à lire sans méthode, par un jeu de questions, réponses, essais, fondé notamment sur l’observation spontanée et l’appropriation des régularités de la langue. Je suis convaincu (hurlez les réactionnaires !) que j’ai ainsi bien mieux appris et plus vite que si on m’avait enseigné la méthode syllabique. À quatre ans c’était plié et je n’ai pas fait de cours préparatoire. Mais mon aventure fonctionnait car j’avais une lectrice à la maison, disponible pour répondre à mes questions, qui m’accompagnait sans m’imposer rien, qui nourrissait joyeusement ma curiosité sans chercher à scolariser cet apprentissage.
Des années plus tard en maternelle, des élèves de moyenne section me démontraient qu’ils étaient capables d’entrer joyeusement dans la lecture.
Renforcer la confiance en soi
Pour apprendre, j’avais besoin d’un climat sécurisé et d’avoir confiance en moi. Et pour apprendre, on a besoin de travailler la confiance. Si j’ai peur de ne pas comprendre, de ne pas savoir faire, si je me sous estime, alors je n’entrerai pas dans de nouveaux champs de connaissances. Je n’oserai pas.
Cette confiance, ce sésame ou laisser passer que je m’accorde, se construit aussi en plaçant des sortes de digues. Il ne faut pas se laisser faire, il ne faut pas laisser autrui orienter nos choix.
L’apport des autres pour faire ensemble est formidable, mais pas pour penser à ma place, me priver d’autonomie. Il importe de me laisser vraiment choisir et même me tromper pour apprendre.
La confiance permet de disposer de cet espace pour essayer librement. Cet espace, il faut parfois le débroussailler à mains nues, quitte à ne pas être bien perçu·e, mais ça ce n’est pas très important.
Did you enjoy this article?
Recommend it — Standard Reader surfaces well-loved writing to more readers across the network.